Les pavés de mémoire pour la famille Simsohn-Lévy

Lundi 8 avril 2024 s’est déroulée la cérémonie de pose des pavés de mémoire (Stolpersteine) par l’artiste allemand Gunter Demnig devant le dernier domicile choisi de la famille Simsohn-Lévy 60-62 rue Thiers àBernay.

Après les discours de Mesdames Marie-Lyne Vagner, maire de Bernay et Anne Descamps, proviseure du lycée, rappelant l’importance de faire vivre la mémoire, les élèves de PBMHR et de PBSEN ont pris la parole pour présenter chaque membre de la famille Simsohn Lévy en l’honneur desquels ont été posés les pavés.

Kilyan, Antime, Clara, Lucas, Melissa et Katheline nous ont présenté Juliette et Jules Simsohn, Ferdinand, Jeanne, Denise et Eliane Lévy avant que Lucas raconte leurs destins tragiques après le 22 octobre 1943.


Textes des discours des élèves

  • Juliette Simsohn
    Juliette Simsohn était née le 11 septembre 1886 à Pont-à-Mousson. Elle était la fille de de Lazarus Weiger et de Rachel Weil. Elle avait une soeur aînée, Emma, qui était professeur. Le 16 juin 1914, elle a épousé Jules Simsohn. Elle n’a pas eu d’enfants mais elle a eu des nièces et des neveux. Au cours de la Première Guerre mondiale, pendant que Jules était au front, elle était assistante infirmière à l’hôpital de Bernay, avec sa belle-soeur, Jeanne. Elle a reçu la médaille commémorative de la Grande guerre. En 1919, elle est retournée vivre avec Jules dans l’est, à Nancy. Fin 1939-début 1940, tous les 2 sont revenus à Bernay et se sont installés au 60 rue Thiers. Pendant quelques temps, ils ont hébergé Jacques Hirsch, l’un des fils de sa soeur Emma, qui a fait le choix d’entrer dans la résistance dès la fin 1940. Juliette a été arrêtée le 22 octobre 1943. Elle avait 57 ans.
  • Jules Simsohn
    Il s’appelait Jules Philippe Simsohn, il était né le 25 avril 1887 à Armentières. Il était le fils ainé de Scheye Simsohn et de Berthille Jacob Simsohn. Il avait un frère, Robert et une soeur qui se nommait Jeanne. La famille est arrivée à Bernay le 5 mars 1897. Il a épousé Juliette Weiger le 16 juin 1914. Après son mariage, il a participé à la première guerre mondiale dans le 24ᵉ régiment d’infanterie de Bernay. Il a été démobilisé le 2 avril 1919 avec le grade de sergent. Il a alors rejoint Juliette à Bernay. Tous les deux sont repartis dans l’est, plus précisément à Nancy, où Jules était commerçant. Pour sa participation aux combats, il avait reçu la Croix de guerre. Fin 1939, Jules est venu vivre à Bernay avec sa femme, pour se mettre à l’abris et rejoindre sa famille. Ils ont résidé au 60 rue Thiers dans l’immeuble dont il était propriétaire. En novembre 194, il a dû quitter son logement du 60 rue Thiers pour s’installer avec sa famille au 10 rue des Fontaines. Le 22 octobre 1943, il a été arrêté avec sa femme, sa soeur et ses nièces à cette adresse. Il avait 56 ans.
  • Ferdinand Lévy
    Ferdinand Levy était né le 25 janvier 1892 à Paris. Il était le fils de Mayer Lévy et de Jeanne Bourgogne. Sa famille paternelle était composée de libraires et d’éditeurs. Au moment de sa mobilisation en 1914, il était lui-même employé de librairie. Fait prisonnier le 20 août 1914, il est resté plus de 4 ans en captivité. Après sa mobilisation, il est retourné vivre à Paris. Il a épousé Jeanne Simsohn le 6 septembre 1921 à Bernay où il s’installe alors, devenant employé de commerce dans la boutique de ses beaux-parents : À La belle jardinière, installée ici au 60-62 rue Thiers. Il deviendra seul propriétaire de la boutique en 1926. Avec Jeanne, ils ont eu deux filles : Denise et Eliane. Très investi dans la vie communale, il était, dans les années 1930, membre de L’Union Commerciale et Industrielle de la ville et également membre de l’association des anciens combattants. En 1935, il a décidé de s’investir davantage encore en devenant conseiller municipal sur une liste d’union des partis. Il a occupé sa fonction avec dévouement jusqu’en février 1941 lorsqu’il est contraint de démissionner à cause des lois antisémites. Monsieur Varin, maire de l’époque, a exprimé son regret face à ce départ et a évoqué un collègue qui avait rendu de grands services à la commune et à ses habitants surtout pendant la dramatique période de l’exode. En mars 1941, la boutique a été vendue à Raymond Mouquet dans le cadre de l’aryanisation économique et de la spoliation des biens appartenant à des Juifs. N’ayant plus de ressources financières pour subvenir aux besoins de sa famille, Ferdinand a travaillé comme ouvrier agricole et ouvrier brasseur auprès d’amis et de connaissances. En novembre 1942, toute la famille est contrainte de quitter le 60-62 rue Thiers pour s’installer au 10 rue des Fontaines. Le 22 octobre 1943, Ferdinand n’était pas présent au 10 rue des Fontaines. Des témoignages indiquent qu’il se trouvait au travail chez monsieur Fréart, propriétaire d’une cidrerie.
  • Jeanne Lévy
    Jeanne Lévy Simsohn était née le 11 janvier 1896 à Armentières dans le Nord. Elle était la fille de Scheye et Berthille Simsohn. Elle a emménagé à Bernay le 5 mars 1897 avec ses parents et ses frères, Jules et Robert. En 1921, elle a épousé Ferdinand Lévy. Ils ont eu deux filles, Denise et Éliane. Pendant la Grande Guerre, elle a travaillé comme assistante infirmière à l’hôpital de Bernay, pendant que ses frères étaient au front. Robert est mort au combat. Elle est décrite comme une femme élégante, très gentille et joyeuse, qui aimait beaucoup les enfants et leur offrait un bonbon quand ils venaient à la boutique. Elle n’avait pas de profession déclarée, cependant, on sait qu’elle aidait Ferdinand à la boutique. En Novembre 1942, elle et sa famille ont dû quitter le 62 rue Thiers en raison des lois antisémites pour s’installer au 10 rue des fontaines. Elle n’était plus la même personne. Le 22 octobre 1943, Jeanne a été arrêtée par la gestapo. Elle avait 47 ans.
  • Denise Lévy
    Denise était née le 2 novembre 1923 à Bernay. Elle était la fille de Ferdinand et Jeanne Lévy, la grande soeur d’Eliane, et la nièce de Jules et Juliette Simsohn. Elle était scolarisée au collège Augustin Fresnel. C’était une élève brillante qui a reçu tous les ans le prix d’excellence. En juillet 1941, elle a obtenu baccalauréat spécialité latin-grec avec mention bien. Sa brillante scolarité lui a permis d’entrer au lycée Fénelon à Paris en novembre 1941. Elle y a fait une année d’hypokhâgne avec les spécialités anglais, latin et grec. Elle voulait faire l’École de Sèvres pour devenir enseignantes, comme plusieurs femmes de sa famille. À cause du durcissement des mesures antisémites, elle n’a pas pu suivre ses cours à Paris et elle a été obligée de revenir à Bernay. Elle a donc suivi des cours par correspondance grâce à l’école universelle. Afin de gagner un peu d’argent, elle donnait des cours particuliers à des enfants de Bernay. Denise n’avait pas honte de ses origines, au contraire elle en était fière et elle en parlait avec simplicité d’après le témoignage de l’abbé de Menneval, Edouard Vadez qui l’aidait à travailler ses cours et avec lequel elle parlait littérature. Celui-ci a décrit « son bon sourire, son intelligence et son âme tendue vers le mieux ». Le 22 octobre 1943, elle était au 10 rue des Fontaines quand les Allemands sont venus arrêter sa famille. Elle avait 20 ans.
  • Éliane Lévy
    Éliane Lévy était née le 24 août 1925 à Bernay, elle était la fille de Ferdinand et de Jeanne Lévy, la petite soeur de Denise et la nièce de Jules et de Juliette Simsohn. Elle a fait sa scolarité au collège Augustin FRESNEL, où elle a reçu le prix d’excellence en juillet 1935. Elle a obtenu la première partie de son baccalauréat spécialité langues vivantes en juillet 1942 et pensait faire des études de mathématiques après sa dernière année de collège. Le 22 octobre 1943, quand la Gestapo est venue arrêter sa mère, sa soeur, son oncle et sa tante au 10 rue des Fontaines, elle était collège Fresnel où elle a été arrêtée. Elle avait 18 ans.
  • Discours final cérémonie
    Après leur arrestation le 22 octobre 1943, les 5 membres de la famille sont transférés à Évreux où ils resteront jusqu’au 27 octobre, date à laquelle ils sont envoyés dans le camp de Drancy. Dès leur arrivée, ils sont déclarés déportables immédiatement. Le 20 novembre, ils sont déportés à destination Auschwitz-Birkenau par le convoi 62, dans lequel se trouvent une soixantaine de Juifs de Normandie. Ils seront assassinés dans les chambres à gaz à leur arrivée le 23 novembre. Pendant presque un an, Ferdinand est caché dans les alentours de Bernay grâce à l’aide de résistants, dont l’abbé Vadez, futur rédacteur en chef de l’Éveil de Bernay. A la libération de la ville, Ferdinand reprend ses activités au conseil municipal où il est réélu en avril 1945. Peut-être espère-t-il voir revenir sa femme et ses filles vivantes, tout comme son frère Édouard et ses nièces, Jeanine et Michèle, également déportées. Le 28 mai 1947, le tribunal civil de Bernay déclare Jeanne, Denise et Eliane officiellement mortes. Ferdinand Lévy quitte la ville après cette date. Il devient peintre en bâtiment d’après un témoignage. Il meurt le 2 mai 1970 dans une maison de retraite à Paris.
  • Poèmes de Rivka Basman Ben-Hayim